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Explorer la nature - 12 au 18 novembre

Entretien - Kaori Oda

Entretien avec Kaori Oda, cinéaste de Cenote, présenté dans la section Explorer la nature disponible du 12 au 18 novembre

Dans tous les descriptifs de votre carrière (y compris la nôtre), il est mentionné que vous avez étudié avec Béla Tarr. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos débuts en cinéma, et vos études avec Béla Tarr?

Dans ma jeunesse, j’étais une passionnée de basketball, mais malheureusement je me suis blessée au genou droit. J’ai eu deux grosses opérations mais je ne pouvais plus jouer sérieusement; les médecins me l’ont interdit. J’étais complètement perdue, car le basketball était toute ma vie. J’ai décidé d’aller étudier aux États-Unis, en pensant que si je changeais d’endroit, quelque chose changerait dans ma vie. J’y ai suivi un cours de cinéma, qui a été mon premier contact avec la réalisation. J’ai fait mon tout premier film avec ma famille en 2010 (Thus A Noise Speaks). C’est un autoportrait documentaire réalisé par ma vraie famille et moi-même sur le fait de faire son coming out en tant que personne homosexuelle. J’ai utilisé le cinéma pour communiquer avec ma famille et affronter le fait qu’ils n’acceptaient pas mon homosexualité. Ça a été une expérience très difficile mais ça m’a beaucoup appris. J’ai commencé à utiliser la caméra comme outil de communication, ou comme manière d’appréhender ce qui est devant la caméra. Ça m’a permis de comprendre ma relation avec le sujet filmé, que ce soit une personne ou un espace.

J’ai eu la chance de présenter mon premier film dans la section étudiante du Festival international du film de Nara en 2011, et j’y ai rencontré Kitagawa Shinji, le programmateur de la section, qui, plus que n’importe qui d’autre, comprenait mon cinéma. Le film a gagné le prix du public et nous sommes restés en contact. Il m’a écrit par la suite pour me dire qu’un nouveau programme ouvrait à Sarajevo pour soutenir les jeunes cinéastes de partout dans le monde. J’étais vraiment perdue à l’époque, car c’était très difficile de faire un autre film après avoir réalisé une œuvre aussi intime, qui confrontait l’épisode le plus conflictuel de ma vie. J’ai décidé de soumettre ma candidature au programme, dans l’espoir de déménager à nouveau et de rencontrer de nouvelles personnes. Heureusement, ma candidature a été retenue. Bela m’a dit que c’était grâce à Thus A Noise Speaks que j’avais été acceptée dans cette école, la film.factory.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux cenotes? Votre perspective était-elle mythique, écologique?

Après avoir fait Aragane, tourné dans une mine de charbon en Bosnie, ma camarade Marta Hernia Pidal et moi discutions de notre prochain film. J’ai mentionné que je souhaitais filmer l’eau, et la lumière dans l’eau. Nous sommes retournées dans nos pays respectifs après ces quelques années passées à Sarajevo, mais nous n’avons pas oublié cette conversation. Marta a pensé à moi et m’a envoyé des photos des cenotes. Sur l’une d’elles, on voyait une grande grotte sombre avec juste des rais de lumière qui filtraient par le haut, et un garçon qui jouait dans l’eau. Ça m’a intriguée et j’ai commencé à faire des recherches sur les cenotes au Japon, tout en économisant pour pouvoir partir au Mexique, dans le Yucatan. Petit à petit, mon intérêt s’est dirigé vers les mythes et légendes des cenotes, et j’ai commencé à faire le lien entre les cenotes et l’inconscient collectif.

Comme vous n’êtes pas du Mexique, pourriez-vous nous expliquer votre méthode de travail, et la manière dont vous avez interagi avec les locaux, en tant qu’étrangère dont l’approche n’avait rien de pédagogique?

L’équipe était constituée de Marta, d’un ami à elle du Yucatan qui est aussi cinéaste, et de moi-même. Nous avons demandé à cet ami de trouver des guides dans tous les endroits où nous allions, et je peux affirmer que ce sont ces guides qui ont permis la réalisation du film. Ils nous ont présenté des locaux, en leur expliquant que nous souhaitions faire un film sur les cenotes, et que nous recherchions des histoires, surtout personnelles, à leur propos. Dès que nous trouvions quelqu’un qui avait une histoire, nous y allions pour l’écouter. Si la personne parlait une langue maya, le guide traduisait vers l’espagnol et ensuite Marta traduisait vers l’anglais. Je demandais aux gens qui avaient la générosité de partager leurs histoires si je pouvais filmer leurs visages, car je les trouvais magnifiques et ils nous ont beaucoup parlé.

Nos langues, nos lieux de naissance et de vie, nos croyances et notre aspect étaient certes différents, mais j’ai senti que si nous écoutions leurs histoires et si nous vivions avec sincérité nos expériences dans les cenotes, nous pouvions partager quelque chose avec ces personnes.

Le film a une structure très libre : il est filmé tantôt sous l’eau, tantôt dans des villages voisins; il passe d’une relation très concrète à la nature à des témoignages et des considérations mythiques. Était-ce le concept que vous aviez en tête, ou cela s’est-il bâti au montage?

Ça s’est complètement construit au montage. J’opérais moi-même les caméras : un iPhone sous l’eau et une caméra 8 mm sur la terre. Quand je filmais quelque chose, c’est parce que j’étais attirée, mais je ne réfléchissais pas à la place que le plan aurait dans le montage.

Tout ce que je savais, c’est qu’il nous fallait des images, des sons et des voix qui expriment l’écoulement du temps, et des moments qui recoupent les perspectives des vivants et des morts.

Le film utilise plusieurs voix off. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces voix, et sur votre processus d’écriture?

L’écriture s’est faite quand je suis rentrée au Japon après le second tournage. J’ai eu l’idée de traiter la voix comme une forme plurielle : NOUS/NOTRE, parce que j’ai réalisé que l’un des thèmes du film est l’inconscient collectif. J’avais aussi lu dans des livres sur la genèse maya que des jumeaux avaient dû traverser la grande eau, connectée à l’au-delà, pour combattre les forces du mal. L’image des jumeaux est restée gravée en moi.

Après avoir lu ces livres et la transcription de nos entrevues, j’ai décidé d’écrire la voix off depuis l’angle des sacrifiés. C’est impossible en soi, mais leur accorder plus qu’une pensée furtive m’a permis de me reconnecter avec les cenotes que nous avions visités, et m’a rappelé les sensations que j’y avais éprouvées.

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