Rencontres internationales du documentaire de Montréal

en
Billetterie F.A.Q

Chercher par film, nouvelle, numéro de séance, activité ou mots-clés

Repenser l'intimité - 26 novembre au 2 décembre

Entretien - Kazuhiro Soda

Entretien avec Kazuhiro Soda, réalisateur de Zero présenté dans la section Repenser l'intimité disponible du 26 novembre au 2 décembre.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce film, qui est en quelque sorte une suite de Mental (2008)? Est-ce une idée que vous aviez en tête depuis longtemps?

Dans Mental (en japonais Seishin), on voyait les patients d’une petite clinique psychiatrique, Chorale Okayama. À l’époque, je m’intéressais à l’univers des patients, pas vraiment à celui de leur docteur, Masatomo Yamamoto, qui la plupart du temps avait l’air un peu endormi. Mais je me suis vite rendu compte que le Dr Yamamoto était un médecin extraordinaire, en qui les patients avaient une confiance totale. J’ai aussi appris qu’il était un pionnier, car il a ouvert les portes d’un hôpital psychiatrique dès les années 1960.
Kiyoko [Kashigawi, productrice et épouse de Soda, NdlT] et moi avons alors eu l’idée de faire un film sur lui, mais dix ans se sont écoulés sans que le projet se concrétise. Puis, au début de l’année 2018, nous avons appris qu’il prenait sa retraite. Nous savions que c’était notre dernière chance de faire un film sur lui, et nous avons commencé à filmer sans trop savoir quel genre de film nous allions faire.

Pouvez-vous nous parler de votre relation avec le Dr Yamamoto et ses patients? Votre approche et vos interactions ont-elles évolué entre Mental et ce tournage-ci?

Nous sommes devenus très proches du Dr Yamamoto et de Yoshiko-san après Mental. À chaque fois que nous allions à Okayama, nous nous retrouvions pour manger ensemble. Les parents de Kiyoko, Hiroko et Toshio, qui sont également les protagonistes de Peace (2010), sont des travailleurs sociaux, et ils se sont aussi occupés de Yoshiko. Vous souvenez-vous de la scène où Yoshiko retourne à la clinique avec un homme aux cheveux longs?? C’est Toshio qui la ramène après qu’elle soit allée dans un centre de soin pour personnes âgées dirigé par Hiroko.
En ce qui concerne les patients eux-mêmes, la plupart d’entre eux ont vu Mental et savent qui nous sommes. Quand j’ai réalisé Mental, 80 à 90 % des patients ont refusé d’être filmés. Pour Zero, ce n’était plus que 50 %. Le docteur et ses patients nous ont fait beaucoup plus confiance lors du tournage de Zero.

Le film contient des scènes mélancoliques et d’autres plus joyeuses. Comment était l’ambiance durant le tournage? Qu’avez-vous ressenti et voulu exprimer?

Quand j’ai tourné les scènes avec les patients, j’ai tout de suite senti que j’étais témoin de quelque chose d’extraordinaire. Les patients connaissaient le Dr Yamamoto depuis 10, 20 ou même 30 ans, et ils s’apprêtaient à lui dire adieu. En filmant ces moments, j’ai senti les émotions puissantes et complexes qui les unissaient, et parfois j’en ai même pleuré.

Vous parlez de «?films d’observation?» pour décrire votre travail. Comment parvenez-vous à maintenir cette position d’observateur tout en étant proche de vos sujets, et empathique envers eux?

Pour moi, être en position d’observation, ça ne veut pas dire être distant ou extérieur, mais plutôt regarder et écouter avec attention. Il s’agit aussi d’accepter, et de filmer, les choses qu’on voit et ce qu’on entend, sans les juger. C’est une attitude qui me permet de faire un film à partir de ce qui arrive naturellement devant ma caméra, plutôt que de concevoir à l’avance un projet précis et de récolter du matériel en fonction de ce projet préconçu.
L’observation et l’empathie ne sont donc pas du tout en opposition. Si on observe et on écoute avec attention, on peut vraiment comprendre ses sujets, et donc ressentir de l’empathie pour eux. Je dirais même que l’observation est à la base de l’empathie.

Infolettre

Découvrez le meilleur du documentaire, prenez part à nos activités à l’année, et ne manquez rien du festival!

Abonnement à l'infolettre

Découvrez le meilleur du documentaire, prenez part à nos activités à l’année, et ne manquez rien du festival!