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Devenir soi-même - 19 au 25 novembre

Entretien - Nicolas Renaud

Entretien avec Nicolas Renaud, réalisateur de Métamorphoses présenté dans la section Devenir soi-même disponible du 19 au 25 novembre.

Comment en êtes-vous venu à travailler avec Olivia Lya Thomassie, qui livre son témoignage dans le film? Comment l’avez-vous rencontrée?

J’ai connu Olivia pour un tournage lié à une campagne contre la discrimination. Car elle s’est impliquée dans des projets de lutte au racisme envers les Autochtones, à travers l’organisme Montréal Autochtone. Le récit des circonstances de sa venue à Montréal dans son enfance m’a remué. Aussi elle est une artiste, de diverses façons – perlage, vidéo, photo, et récemment actrice au théâtre et à la télévision –, elle a une vision juste de ce qui peut être représenté ou non de son histoire. Nous pouvions donc avoir un bon dialogue sur l’idée d’un portrait d’elle.

De quelle façon le film s’est-il orienté vers un dialogue entre Olivia et son amie et qu’est-ce que cela a apporté à la réalisation?

L’expérience de Nancy Saunders et celle d’Olivia amplifient et éclairent chacune celle de l’autre, comme femmes inuites d’origine mixte et vivant en ville. Quant à la réalisation, le simple dispositif d’une conversation entre deux personnes donnait un contrepoint aux séquences plus visuelles, silencieuses, centrées sur l’intériorité d’Olivia.

Aviez-vous prévu dès le départ l’importance que prendrait dans le film le tatouage que Olivia se fait faire en souvenir de sa mère? Comment cet événement a-t-il pris cette dimension symbolique au cours du processus créatif, jusqu’à faire écho au titre du film?

C’était le point de départ. Elle m’a montré l’estampe de l’artiste inuk Mary Paningajak, qu’elle songeait se faire tatouer, dans laquelle elle revoyait sa mère. Elle disait pressentir un nouveau stade dans sa façon de vivre avec le passé. Avec un symbole de ce changement gravé sur sa peau, ça permettait d’entrevoir un court film où les choses s’incarnent, changent, littéralement dans la transformation de son corps.

Olivia est née d'un père québécois et d'une mère Inuk, vous êtes vous-même d’origine québécoise et autochtone, de la Première Nation Huronne-Wendat. En quoi cette identité composite a-t-elle participé à votre désir de faire un film sur le sujet? De quelle façon le témoignage d’Olivia entre-t-il en résonance avec votre propre expérience?

Mon expérience en général est bien éloignée de la sienne. J’étais d’abord touché par la capacité de quelqu’un à surmonter, avec autant de force et lucidité, des expériences que bien d’autres, moi inclus, ne pourrions sans doute supporter sans sombrer dans des désordres plus destructeurs et paralysants en devenant adultes. Mais sur l’identité hybride et le métissage, dès notre première conversation sa perspective sur ces questions m’interpellait. Le sujet de l’identité en général m’intéresse, alors tout en voulant faire un portrait assez simple d’une personne et mettre tout le processus à son service, je m’y retrouvais aussi. Il semble que la condition de l’héritage mixte éclaire davantage la notion d’identité parce qu’elle enclenche un processus continu de définition de soi, laquelle n’est pas fixe et entièrement donnée d’avance. C’est marqué par des ruptures et des reconnexions. La nation wendat étant devenue très métissée et ayant subi une certaine érosion culturelle au cours des 19e et 20e siècles, elle extrapole dans une entité collective ce qui se joue aussi chez les individus. Quelque chose se dilue et en même temps quelque chose résiste. Ça peut prendre ensuite toute une vie pour se rattacher à ce fil qui ne s’est pas cassé à travers le métissage. Mais ce n’est pas un choix, ça apparaît, des instincts et des circonstances clarifient éventuellement les relations qui prennent du sens, des façons de penser, de sentir, des rencontres déterminantes, des territoires qui nous habitent ; en somme, faire l’épreuve de ce qui est ressenti comme « chez soi ». Avec qui, où, dans quelle vision des choses se sent-on chez soi : dans le monde autochtone ou, dans notre cas, la société québécoise ? Cela change avec le temps. Parfois un équilibre, parfois un conflit, parfois l’alternance entre deux identités qui prennent tour à tour le dessus selon le contexte.
Je me sens proche de certaines autres choses, comme l’impulsion d’Olivia de filmer les animaux et leur parler, ou le besoin de matérialiser des idées et des émotions dans des rituels, des relations, des symboles. Il y a aussi d’autres motivations en arrière-plan. Ayant été marqué par des controverses dans les milieux du cinéma et du théâtre au Québec ces dernières années par rapport à la représentation des Autochtones, voyant une forte mobilisation en défense d’œuvres forgées dans l’exploitation et l’ignorance, le constat de l’esprit colonialiste qui perdure motive d’autant plus à raconter des histoires sur l’expérience autochtone, et à se soucier de principes de réciprocité dans la création. À cet égard un détail dans le film m’a aussi tout de suite frappé, dans la démarche d’Olivia pour son tatouage : elle a demandé la permission à l’artiste avant de s’approprier son dessin.

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